[PAROLES D’EXPERTS]
Que vaut une société qui ne possède que des tokens ?

Vendre des tokens permet parfois à une start-up de lever des millions d’euros en quelques heures grâce aux ICO. Bienvenue dans la tokenisation de l’économie… qui ne fait que démarrer. Toutefois, l’évaluation des tokens dépend de leurs propriétés, c’est-à-dire du type de jeton, de la méthode d’évaluation… Il existe, par exemple, des titres financiers (security tokens), des jetons d’achat (utility tokens) et des jetons de paiement (coins) qui utilisent des protocoles de paiement et qui dépendent de l’usage que l’écosystème en fait pour les évaluer a posteriori.

Définition d’un token

L’ANC (Autorité des Normes Comptables) a réglementé l’activité des jetons numériques en 2018 et plus largement, les ICO (Initial Coin Offerings). Un token est un actif numérique échangeable sur la blockchain et son prix, à l’instar d’une action, est variable en fonction de la loi de l’offre et de la demande.

Caractéristiques des tokens numériques

Un token :

  • Peut être créé par tout le monde
  • Il est personnalisable et peut matérialiser un droit d’usage, un droit de vote, une part de capital…
  • Il peut être transféré en peer to peer sans être dupliqué
  • Il peut être vendu ou acheté à tout moment

Les principaux tokens

Il existe trois grandes familles de tokens :

  • Les moyens de paiement : un token peut devenir une monnaie d’échange pour une transaction.
  • Les utility token qui permettent à une entreprise de vendre en amont ses produits ou services. Ici, la valeur du token va fluctuer en fonction de l’offre et de la demande. Si l’entreprise a la bonne idée de conserver une grande partie de ses tokens, elle peut s’enrichir rapidement ; du moins, si ses produits sont de plus en plus plébiscités. Dans ce cas, une entreprise qui ne possède que des tokens peut être fortement valorisée.
  • Le security token qui permet à une entreprise d’augmenter son capital sans aucune contrainte.

La problématique de la valorisation d’une entreprise tokenisée

A l’inverse des entités traditionnelles, chaque projet de tokenisation développe un business model nouveau intuitue personae. Il est donc compliqué de valoriser les start-ups qui utilisent les technologies liées à la blockchain. En revanche, il existe pour les entreprises traditionnelles de nombreuses méthodes qui peuvent être utilisées comme :

  • le Discounted Cash Flows
  • Les multiples transactionnels et/ou boursiers
  • le Price-Earnings Ratio
  • etc.

Dans l’écosystème crypto qui émet des tokens, il n’y a pas de flux de cash, compte tenu qu’ils constituent eux-mêmes une valeur intrinsèque. Autrement dit, la blockchain n’a pas d’historique pour valoriser son écosystème. Il faut donc en créer de nouvelles pour mesurer la valeur de tel ou tel projet.

Les ICO

Le principe est simple. Une entreprise qui souhaite financer son développement émet des tokens en se faisant connaître sur les réseaux sociaux et annonce qu’elle procédera à une ICO à telle date. En somme, plus l’intérêt pour un token est grand, plus le prix des jetons ou leur nombre va augmenter. En outre, la nature des jetons est librement définie par l’entreprise.

  • Certains jetons donnent une fraction de propriété sur l’entreprise émettrice.
  • D’autres offrent la possibilité de profiter (dans le futur) d’un bien ou d’un service.
  • D’autres encore, proposent que le jeton va permettre à son propriétaire de contrôler un système en construction…

Comptabilisation au moment de l’acquisition

Si la société souhaite utiliser les services d’un jeton ou d’un token au-delà de l’exercice comptable en cours, il s’agit d’une immobilisation incorporelle, amortie et dépréciée de façon classique.

En revanche, si l’intention de l’entreprise est différente, notamment en cas de de multi détention sur des plateformes d’échange, mieux vaut créer plusieurs sous-comptes pour faciliter le suivi comptable des jetons par plateforme. 

L’évaluation des tokens après leur comptabilisation initiale

L’évaluation des jetons détenus, postérieurement à leur date de comptabilisation initiale, est fonction de leur classement comptable. Si les tokens sont immobilisés, ils seront classés en immobilisation incorporelle et donc amortis et dépréciés, postérieurement à leur date d’entrée, selon les règles générales du PCG en matière d’actifs.

En effet, ils sont amortis sur la durée prévisible de consommation des avantages économiques attachés. En revanche, les tokens dont la détention est nécessaire pour l’obtention de services ne font pas l’objet d’amortissement.

Si les Jetons détenus sont classés parmi les instruments de trésorerie, la valeur vénale des jetons est déterminée à la clôture sur la base des dernières informations fiables disponibles.  Les variations de valeur vénale des jetons détenus sont inscrites au bilan en contrepartie de comptes transitoires.

Alors, comment valoriser une entreprise qui ne possède que des tokens ?

Des principes de valorisation calqués sur le monde réel

Globalement, le prix d’une action d’une entreprise traditionnelle comme Coca Cola ou Apple, résulte d’un arbitrage entre l’offre et la demande. Si la demande est forte, la côte de la valeur grimpe. Il en va de même pour les tokens. Néanmoins, le secteur est récent et il est compliqué d’anticiper la vitesse d’adoption d’un projet et donc… de son token.

Le ratio « NVT »

C’est la méthode la plus développée dans l’écosystème crypto pour évaluer la valeur d’une société qui ne possède que des tokens et s’apparente au calcul d’un ratio qui permet de savoir combien les investisseurs sont prêts à payer une action, pour chaque dollar de bénéfice.

L’équivalent de ce ratio dans l’éco système crypto est le ratio NVT (Network value to transactions). Autrement dit, le rapport entre la valeur du token en circulation et le développement de son réseau. Il existe en 2022, un ETF basé sur cette méthode de calcul.

Grâce au ratio « NVT » il est possible de modéliser la valeur d’un token pour anticiper ses variations à la hausse et à la baisse en fonction de la variation des échanges.

L’effet de réseau

Il s’agit ici du rapport entre le nombre d’utilisateurs d’un token et les volumes de transactions par utilisateur. Il est calculé grâce à la loi de Metcalfe, qui démontre que “plus il y a d’utilisateurs dans un réseau, plus ce réseau aura de la valeur”. Appliquée au token, cette loi permet de se projeter sur l’évolution de la valeur d’un token.

La transmission d’une entreprise

La tokenisation peut être envisagée lors de la cession d’un actif matériel ou d’un fonds de commerce. Ainsi, une entreprise peut en acheter une autre en tokens. Mais il est également possible qu’une entreprise émette des tokens convertibles en capital, au bout d’un certain laps de temps.


AUTEURS :

Ghislain dOuince

Associé

Expert en Évaluation Financière

Expert en Due Diligences Financières

Fabien Borio

Associé

Expert comptable et C.A.C

Expert en Due Diligences Financières

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